Hausse des prix des carburants : la transition écologique reste la grande oubliée du gouvernement

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Publié le 31 janvier 2022

La nouvelle hausse des prix à la pompe, couplée à celle des prix de l’énergie, aurait pu servir de déclencheur pour accélérer la transition écologique. Mais à quelques semaines de l'élection présidentielle, l'ombre des Gilets jaunes planant toujours au-dessus de Matignon, le gouvernement a choisi de répondre à l’urgence avec des mesures court-termistes. Celles-ci manquent trop souvent leur cible - les plus modestes - et se situent à contre-courant de la lutte contre le changement climatique.

À chaque hausse des prix son remède. Cette fois, face à l’explosion des prix à la pompe, le Premier ministre Jean Castex a annoncé un rehaussement de 10 % du barème kilométrique. Celui-ci permet de déduire de ses impôts sur le revenu une partie des frais de déplacement professionnel. Cette mesure vient s'ajouter aux chèques "anti-inflation" de 100 euros distribués à 38 millions de Français gagnant moins de 2 000 euros, au blocage des prix du gaz et de l'électricité, et au chèque énergie bonifié de 100 euros versé en décembre à six millions de ménages. L’objectif affiché est de parer à l’urgence.

"Nous étions assis sur une bombe à retardement avec des prix exceptionnellement très bas depuis de nombreuses années. Les mesures du gouvernement maintiennent artificiellement ce niveau de prix bas, font le jeu de la volatilité, et ne donnent pas de visibilité aux acteurs pour enclencher la transition", estime Andreas Rüdinger, chercheur associé à l’Iddri. "Au total, 20 milliards d’euros ont été débloqués sans réel débat parlementaire ni étude d’impact et le résultat est que nous sommes toujours aussi fragiles face aux prochains chocs. Alors oui il faut répondre à l’urgence, mais par des mesures ciblées et efficaces qui pourraient à la fois soutenir les plus vulnérables et inciter à la transition bas-carbone".

"La réponse ne peut pas être une politique qui subventionne l’utilisation de la voiture"

La dernière mesure concernant l’indemnité kilométrique échoue par exemple à aider les ménages les plus modestes, puisqu’elle ne vise que ceux payant un impôt sur le revenu. En outre, elle vient soutenir ceux qui font le plus de kilomètres en voiture, à contre-courant de la transition écologique. "La réponse ne peut pas être une politique qui subventionne l’utilisation de la voiture d'une manière indifférenciée. Il faut au contraire faire évoluer cette indemnité kilométrique pour inciter à l’utilisation de véhicules plus petits et électriques et à d’autres formes de mobilité et soutenir les plus modestes dans la transition" explique Laura Foglia, experte mobilité bas-carbone au sein du Shift Project.

Elle liste les solutions qui auraient pu émerger en cette période, pour un coût relativement faible, y compris en termes d'acceptabilité sociale. "Outre l’indemnité kilométrique qu’il faut faire évoluer, on peut agir sur les flottes d’entreprise qui pourraient compter davantage de véhicules légers, voire des vélos électriques. On pourrait aussi lancer une réflexion sur le raccourcissement des distances et éviter de soutenir les entreprises qui s'installent là où il n’y a aucun accès en transports en commun par exemple. Il faut aussi travailler sur le mythe autour de la voiture et co-construire d’autres façons de se déplacer avec les citoyens sur le territoire" énumère Laura Foglia.

"Il n’y a aucune réflexion pour accélérer la transition écologique"

Mais du côté du gouvernement, la transition écologique est devenue le sujet tabou, l’ombre des Gilets Jaunes planant toujours au-dessus de Matignon et de l’Élysée. À quelques semaines de l'élection présidentielle, il s’agit de ne surtout pas attiser les tensions. "Il n’y a aucune réflexion pour accélérer la transition écologique, elle est absente de la rhétorique présidentielle, alors que ça aurait pu être le bon moment. Les ménages eux-mêmes se questionnent. Ils ont besoin d’être soutenus pour opérer ce changement mais cela nécessite un certain courage politique", regrette Andreas Rüdinger.

Et ce n'est pas le patron du Medef qui va pousser en ce sens. Geoffroy Roux de Bézieux a proposé de remplacer la contribution des entreprises au financement des transports en commun par une indemnité pour aider les salariés à faire le plein, une mesure iconoclaste dans un contexte de lutte contre le réchauffement climatique. "Faire la politique de l’autruche en souhaitant simplement 'gommer' les effets de la crise actuelle pour revenir à une économie bénéficiant des prix les plus bas possible constitue certainement la pire des approches en matière de résilience. En effet, cette 'crise' de l’énergie ne sera pas la dernière et il est fort probable que l’on s’oriente vers un monde où les coûts de l’énergie augmentent durablement", conclut Andras Rüdinger de l’Iddri.  

Concepcion Alvarez @conce1

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