Innovation

IssyGrid, un réseau intelligent en marche

Les smart grid, on en parle beaucoup et certains territoires français les testent déjà. C’est le cas à Issy-les-Moulineaux où 11 acteurs publics et privés ont mis en œuvre le premier smart grid opérationnel de quartier. Explications.

« On écrit une ville où nos immeubles vont parler entre eux, échanger de l’énergie et échanger des informations », s’est réjouit Eric Mazoyer, directeur général délégué de Bouygues Immobilier, société pilote du projet IssyGrid, le 26 septembre.

Lors d’une conférence de presse d’étape, les 11 acteurs publics et privés* du premier réseau de quartier intelligent sont donc revenus sur les avancées concrètes du projet IssyGrid, lancé il y a un an.

« Les premiers équipement qui ont été mis en place concernent plusieurs immeubles de bureaux, une centaine de logements ainsi qu’une partie de l’éclairage public du quartier Seine Ouest », rappellent-ils. Les premiers moyens pour répondre aux enjeux globaux de la transition énergétique, et plus précisément de l’intégration des renouvelables intermittentes sur le réseau et de l’évolution des prix de l’énergie.

Et qui font d’IssyGrid, « un démonstrateur grandeur nature de ce pourra être la ville de demain », selon Guillaume Parisot, directeur Innovation de Bouygues Immobilier.

Les technologies numériques à la rescousse

Concrètement, il s’est d’abord traduit par la création, signée Embix, Steria et Microsoft, d’un système d’information permettant d’analyser les données de production et de consommation d’énergie d’un quartier en lien avec le réseau de distribution d’électricité (ERDF). Le but : conseiller particuliers et entreprises pour mieux maîtriser leurs consommations et éviter les pics de demande.

Autre maillon du réseau intelligent, l’équipement de 94 logements en compteurs communicants, mis en place par ERDF en juillet dernier. Et pour 20 d’entre eux, l’ajout d’un boîtier par Bouygues Telecom, permettant notamment aux usagers de visionner leur consommation énergétique équipement par équipement.

Et la présence de tant de grands groupes privés n’est pas un hasard. S’ils profitent bien sûr du projet pour mettre au point des systèmes et des produits qu’ils pourront vendre par la suite, ils imaginent aussi comment l’énergie peut être distribuée intelligemment à toute heure de la journée et à tout moment de la semaine.

Optimiser, voilà le maître mot du concept de smart grid. Pour moins et mieux consommer une énergie cher et chère à tous.

Les bâtiments occupés par les entreprises ont donc aussi été ciblés pour n’omettre aucun usage énergétique dans la ville. L’immeuble Galeo de Bouygues Immobilier et la Tour Sequana occupée par Bouygues Telecom ont ainsi été équipées par Schneider Electric d’un système d’aide au pilotage du bâtiment, moyen par exemple de « contribuer au lissage des crêtes de consommation », explique les partenaires du projet.

Ils se réjouissent ainsi d’une expérience menée le 29 juillet dernier : « en pleine vague de chaleur, les bureaux ont été rafraîchis la journée par le froid produit et stocké au cours de la nuit précédente », permettant un effacement d’1h30 dans la journée et une économie d’environ 500 kWh, « l’équivalent de la consommation de quelques centaines de logements ».

Bien des innovations donc et d’autres à venir, ont-ils annoncé. En vue : l’intégration au poste de distribution électrique totalement modernisé d’une solution de stockage à partir de batteries recyclées (issues de véhicules électriques), l’élargissement du projet aux 1650 logements du quartier Fort d’Issy, ou encore la modulation de l’éclairage de la chaussée en fonction du trafic.

Une distribution énergétique réinventée

Mais l’ambition des porteurs du projet va plus loin. Car, avant d’envisager une généralisation du modèle à d’autres villes, encore faut-il lui accoler un modèle économique. IssyGrid se veut donc, comme d’autres projets en France, à Nice, Lyon ou en Vendée, un « laboratoire grandeur nature pour inventer » ce modèle durable.

« Faut-il couper le courant de manière autoritaire en cas de surconsommation comme cela se pratique notamment aux Etats-Unis ? (…) Faut-il monétiser les « bons points » attribués aux abonnées les plus économes, comme cela a été testé au Japon ? Faut-il donner aux particuliers la possibilité de vendre leur énergie ? », s’interrogent-ils.

Car au final, « on est en train de reconfigurer le quotidien énergétique des gens et les relations économiques. Il va donc falloir que la réglementation évolue largement », estime Jean-Claude Millien, directeur délégué Ile-de-France d’ERDF.

Demain donc, les immeubles de bureaux échangeront leur énergie produite et inutilisée le week-end avec les habitations voisines, et les logements à proximité échangeront la leur aux heures où ils sont inoccupés. Des changements sociaux et économiques nous attendent. 

Fanny Costes

Et aussi :

- L'énergie devient intéractive

Publié le 26/09/2013 - 18:30 par Rédaction