Innovation

Stocker l’énergie grâce à l’eau

Déjà utilisées dans de nombreux pays, les Step permettent de stocker de l’énergie et en assurent donc une meilleure gestion. Comment cela fonctionne-t-il ? Où en est son développement en France ? Etat des lieux.

« Pouvoir stocker l’énergie à grande échelle et la redistribuer selon la demande est aujourd’hui la meilleure solution pour permettre un vrai programme d’énergie renouvelable et réduire la part d’électricité d’énergie fossile. C’est le sens du développement des Step », explique François Lempérière, expert hydraulicien.

Les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) sont des moyens de stockage et de gestion d’un réseau électrique. La plupart sont constituées de deux bassins, en amont et en aval, reliés par des tunnels pouvant atteindre une dizaine de kilomètres. Les usines sont souvent souterraines et vont permettre de pomper et d’élever l’eau vers le réservoir placé sur les hauteurs pendant les périodes creuses de consommation et récupérer l’énergie hydraulique pendant les pics. Les deux parties se compensant selon la demande en électricité. Il n’y a donc pas de production d’énergie, mais une simple gestion du réseau.
Il y a dans le monde actuellement plus de 400 Step en service ou en construction. En France, la principale est à Grand-Maison dans l’Isère. On en trouve également en Savoie et dans les Ardennes par exemple.

« Aujourd’hui, la recherche s’oriente vers des Step fonctionnant à l’eau de mer pour plusieurs raisons : les sites en rivière sont souvent contestés pour des raisons d’environnement, la mer favorise des volumes stockés très importants, la production éolienne se développe beaucoup près des côtes ou en mer et une part très importante de l’énergie solaire sera produite dans des zones désertiques sans eau douce », détaille François Lempérière.

Des « lacs d’émeraudes » installés en mer

Les installations de stockage utilisant l’eau de mer sont également appelées « Lacs Emeraude » pour la distinguer des Step classiques utilisant l’eau douce. La différence principale avec les Step terrestres concerne la disposition des bassins. Il existe d’ailleurs plusieurs solutions permettant d’utiliser l’eau de mer :

- On utilise l’eau que pour remplir les bassins qui sont tous deux à terre. Des utilisations importantes seraient possibles dans des zones basses relativement désertiques.

- Pour de grandes capacités, le bassin haut peut être en offshore, ou adossé à une falaise. La mer en constituant le bassin bas. Les zones à marées sont favorables, la mer y étant peu profonde et le fond marin facilement constructible.

- Dans des zones de 20 à 30 m de profondeur, on peut utiliser la mer comme bassin haut et créer un bassin bas circulaire avec des digues de hauteur modérée. Cette solution peut
aussi être associée à de grandes usines marémotrices.

- Il existe aussi des projets utilisant la mer comme réservoir haut et un réservoir souterrain à quelques centaines de mètres de profondeur. Une telle Step peut être implantée dans des
zones très habitées mais les capacités semblent relativement limitées.

En France, il y a de nombreux sites favorables entre la Picardie et Brest sur des falaises d’une centaine de mètre de hauteur. Se pose alors la question de l’impact environnemental que cela provoquerait sur le littoral normand et également, à l’instar des barrages, du déplacement d’un village et de sa population qui serait présent sur le site.  « Les Step devraient vraiment se généraliser entre 2030 et 2060 et de grandes installations devraient voir le jour. C’est un des meilleurs moyens d’accompagner efficacement les énergies éoliennes et solaires. Avant de s’attaquer à la Normandie, EDF met actuellement à l’étude deux sites ultra-marins, en Guadeloupe (au sud de Petit Canal) et à La Réunion. L’idée étant d’arriver à ce que ces îles acquierent leur autonomie énergétique en 2030 », conclut François Lempérière.

Publié le 18/12/2012 - 14:52 par Julien Auduc