L'assèchement du Rhône menace les centrales nucléaires : la France fait pression sur la Suisse pour augmenter le débit

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Publié le 16 novembre 2023

Eau secours. Emmanuel Macron clôt ce jeudi 16 novembre sa visite d’État de deux jours en Suisse. Parmi les sujets à l'ordre du jour, le président de la République a abordé la question du Rhône dont il souhaite augmenter le débit. Refroidissement des centrales nucléaires, production hydroélectrique, irrigation, industrie, eau potable… les besoins français ne cessent d'augmenter alors que les effets du changement climatique pèsent déjà sur ce puissant fleuve.

"Le Rhône est pris en otage par le nucléaire". À grand renfort de pancartes et de banderoles, des manifestants anti-nucléaires franco-suisses se sont rassemblés mercredi 15 novembre au pied du barrage du Seujet, au cœur de Genève, alors qu’au même moment, Emmanuel Macron entamait sa visite d’État dans le pays. Au menu de cette visite, il y a la question du débit du Rhône que la France souhaite augmenter pour répondre à ses besoins, et notamment pour refroidir ses centrales nucléaires existantes et à venir. 

Ce que l’on sait peu, c’est que nos voisins helvétiques ont la main sur le robinet. Ils gèrent en amont, et notamment via le barrage du Seujet, son débit. Car le Rhône, le plus puissant fleuve français, prend sa source dans le glacier éponyme situé dans les Alpes suisses. Mais ce n’est pas la première fois que Paris demande à Berne de revoir cette gestion. Déjà en 2015, l’ancien président François Hollande avait fait part à son homologue de sa volonté d’accélérer les discussions autour d’un accord-cadre dans la gestion des eaux du fleuve.

Le Rhône, un réservoir d’eau stratégique pour la France

Huit ans plus tard, ce dossier est toujours d’actualité, et est même devenu incontournable. Emmanuel Macron veut accélérer les discussions car cette mainmise sur les vannes n’arrange pas la France et son économie. À onze reprises cette année, le pays a demandé aux Services industriels de Genève (SIG) de libérer davantage d’eau afin de satisfaire ses besoins.

Et ils sont nombreux. La France a notamment besoin de l’eau du Rhône pour refroidir ses quatre centrales nucléaires présentes le long du fleuve, mais aussi pour alimenter ses vingt centrales hydroélectriques, irriguer ses cultures, fournir en eau potable des millions d’habitants ou encore ralentir la salinisation du delta camarguais. Des besoins qui risquent encore d’augmenter avec l’implantation de deux nouveaux réacteurs de nouvelle génération (EPR2) sur le site de Bugey dans l’Ain, le long du Rhône.

Or, comme le souligne auprès de Novethic Thibault Laconde, ingénieur spécialiste des risques climatiques, "les centrales situées sur ce fleuve ont des besoins très importants en eau pour leur refroidissement, et le problème c'est que c'est le débit historique du Rhône qui a été pris en compte dans leur conception". Mais d’année en année, ce dernier baisse, faisant ainsi courir un risque sur la production d’énergie, le Rhône générant près d’un quart de la production électrique du pays.

Une ressource fragilisée par le changement climatique

Dans un contexte de changement climatique, le fleuve le plus puissant de France est fragilisé. En mars 2023, l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse a tiré la sonnette d’alarme. Entre 1960 et 2020, le débit du Rhône a baissé de 7% à la sortie du Lac Léman, et de 13% en Camargue. Et cela n’ira pas en s’arrangeant, malgré un effet d’aubaine avec la fonte accélérée du glacier. Selon les prévisions, les débits d’étiage du fleuve (période de l’année où les cours d’eau sont les plus bas, NDLR) pourraient encore perdre 20% dans les 30 prochaines années.

"Un des éléments de solution serait pour la France de ne plus tenir pour acquis le débit important du fleuve, et de tenir compte de l’évolution de la disponibilité de la ressource", explique Thibault Laconde. Les industries doivent ainsi adapter leur besoin en eau ou à avoir des besoins de refroidissement plus raisonnables en ce qui concerne les centrales. "Il paraît donc indispensable pour le nouveau projet d’EPR à Bugey, que le refroidissement des réacteurs se fassent en circuit fermé de façon à limiter leur besoin en eau", précise-t-il.

Un accord sur le sujet est sur le point d’être finalisé entre la France et la Suisse. Au grand dam des associations environnementales. "Les sécheresses à venir doivent nous faire prioriser l’irrigation et les réseaux d’eau potable sur le nucléaire dangereux, remplaçable et incompatible avec un climat plus sec et des débits de rivières réduits", lance Delphine Klopfenstein-Broggini, conseillère nationale genevoise, auteure d’une question au Conseil fédéral sur le sujet.

Blandine Garot

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