L’avenir de Luc Rémont à la tête d’EDF remis en cause par les tensions sur la régulation des prix de l’électricité

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Luc Rémont ne dirigera peut-être plus pour longtemps EDF. Les discussions entre l’électricien et le gouvernement sur la future régulation des prix de l'électricité suscitent des tensions croissantes et des interrogations au sein du groupe sur un possible départ du PDG Luc Rémont. Deux sources internes à EDF interrogées par Reuters ont déclaré mardi 24 octobre que, selon des craintes exprimées par des cadres et des administrateurs, Luc Rémont pourrait décider de quitter son poste si l'Etat met en place une régulation qui plafonne les revenus du groupe de manière excessive.

Nommé il y a moins d'un an par Emmanuel Macron pour redresser EDF, lourdement endetté et alors confronté à des difficultés de production, Luc Rémont est engagé dans un bras de fer avec les pouvoirs publics au sujet des moyens dont disposera le groupe pour investir au cours des prochaines années. Alors que le PDG plaide en faveur de contrats à long terme comme base du modèle économique d'EDF post-2025, après la fin de la régulation actuelle de l'Accès régulé à l'électricité nucléaire historique (Arenh), le gouvernement insiste sur la nécessité de protéger les ménages et les entreprises contre les risques d'envolée des prix de l'électricité en les faisant bénéficier des coûts compétitifs du parc nucléaire français.

«S'il estime que l'Etat limite trop les moyens d'EDF, il est tout à fait possible qu'il démissionne. Tout va dépendre des volumes et du prix [prévus dans la nouvelle régulation, NDLR]», a déclaré une source. Selon l'autre source, cadre d'EDF, la relation «n'a jamais été aussi tendue» entre le gouvernement et le groupe, dont l'Etat est redevenu l'unique actionnaire début juin. EDF, Bercy et Matignon n'ont pas souhaité commenter ces informations.

«Il n’y a pas de bras de fer entre l’Etat et EDF», affirme Bruno Le Maire

D'autres sources ont indiqué que les deux parties étaient sous pression pour trouver un compromis, le gouvernement ne pouvant se permettre de voir partir Luc Rémont alors même que la France négocie avec ses partenaires de l'Union européenne la future réglementation des prix de l'électricité. Une autre source chez EDF a déclaré que le PDG était apparu «confiant» lors d'une récente réunion des hauts cadres du groupe.

Le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a tenté mardi de minimiser les tensions, niant toute impasse entre le gouvernement et EDF, tout en reconnaissant que les négociations en cours sur les futurs prix de l'électricité prenaient du temps car elles devaient permettre d'atteindre des objectifs «complexes». «Il n'y a pas de bras de fer entre l'État et EDF tout simplement parce que EDF est une entreprise publique et que nous travaillons en bonne intelligence avec des équipes d'EDF et que c'est à ces conditions-là que nous aurons un bon accord», a-t-il dit lors d'une conférence. La négociation, a ajouté le ministre, vise à garantir un prix «stable et attractif pour les ménages», «un prix compétitif pour toutes les entreprises françaises, en particulier les électro-intensifs», ainsi qu'un «prix rentable pour EDF».

La production française d'électricité a chuté l'an dernier à son plus bas niveau depuis 30 ans en raison notamment des difficultés rencontrées sur le parc nucléaire, les centrales d'EDF ayant connu de nombreuses opérations de maintenance classiques et des problèmes de corrosion qui l'ont contraint à racheter des volumes sur les marchés de gros alors que la guerre en Ukraine faisait bondir les prix. Le groupe, également confronté aux mesures du gouvernement pour limiter la hausse des tarifs de l'électricité, a ainsi accusé une perte nette historique de 17,9 milliards d'euros au titre de l'exercice 2022.

En juillet, Luc Rémont a déclaré qu'EDF allait devoir augmenter nettement ses investissements, à un niveau de 25 milliards d'euros par an environ, pour répondre notamment aux besoins de maintenance de son parc nucléaire et de construction de nouveaux réacteurs en France. «Pour aborder la phase d'investissements [qui se profile, NDLR], il est indispensable que nous travaillions à une nouveau consensus national sur ce qu'est le prix de l'électricité [...], sans quoi EDF ne sera pas en mesure de dégager les ressources qui sont nécessaires pour assurer sa propre continuité d'exploitation», a-t-il résumé.

Avec Reuters (par Benjamin Mallet et Elizabeth Pineau avec Leigh Thomas, édité par Kate Entringer)

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