Saoudi Aramco enregistre des profits jamais réalisés dans l’histoire, symbole d’une économie mondiale engluée dans le pétrole

Il y a 1 année 668

Saudi Aramco a enregistré le bénéfice le plus important de l’histoire, avec plus de 161 milliards de dollars obtenus sur l’année 2022. La plus grande compagnie pétrolière mondiale, assise sur de massives réserves pétrolières, veut continuer coûte que coûte à développer ses capacités de production d’énergies fossiles, sans tenir compte du risque climatique. Ses investissements dans des technologies bas carbone demeurent particulièrement faibles au regard de ceux prévus pour développer ses capacités de production.

Les super profits des principales compagnies pétrolières mondiales qui ont fait polémique il y a quelques semaines font désormais presque pâle figure. Saudi Aramco vient d’annoncer des résultats record pour l’année 2022, avec 161,1 milliards de dollars de profits et plus de 600 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Le géant saoudien a encaissé près de trois fois plus de bénéfices qu’ExxonMobil (56 milliards de dollars) et dépassé ceux des cinq principales majors pétrolières réunies, ExxonMobil, Chevron, BP, Shell et TotalEnergies n’ayant réalisé à elles cinq "que" 153,5 milliards de dollars de profits.

Amin Nasser, le directeur général d’Aramco, s’est félicité lors d’une conférence de presse de ce qu’il considère comme étant "probablement le revenu net le plus élevé jamais enregistré dans le monde des entreprises". L’augmentation des prix du pétrole explique en grande partie cette augmentation de 46% des profits du groupe. Mais l’augmentation spectaculaire des résultats du groupe démontre surtout la démesure de cette entreprise pétrolière détenue à 98,5% par l’État saoudien, assise sur des réserves pétrolières de près de 260 milliards de barils qui, selon l’ONG Client Earth dépasse les réserves combinées des principales majors pétrolières occidentales.

Parmi les entreprises les plus émettrices

Le géant saoudien fait pourtant partie des entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre au monde. Elle a été épinglée parmi les trois "Criminels climatiques" dans le livre du journaliste Mickaël Correia publié début 2022. Il expliquait que Saudi Aramco avait émis 1,9 milliard de tonnes équivalent CO2 en 2019, soit plus de quatre fois les émissions de la France cette même année.

Le pétrolier s’est pourtant fixé un objectif de neutralité carbone pour 2050. Du greenwashing caractérisé, selon l’ONG Client Earth qui a publié une étude sur la stratégie du géant pétrolier. Elle souligne notamment que les activités de Saudi Aramco sont loin d’être alignées sur l’objectif de l’Accord de Paris de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. Selon la Transition Pathway Initiative, les émissions de gaz à effet de serre de la compagnie pétrolière la positionnent même largement au-dessus des objectifs que se sont fixés les États.

Les investisseurs se révèlent toutefois de plus en plus prudents. L’introduction en Bourse de 1,5% du capital en 2019 n’a ainsi pas eu le succès escompté en raison des manquements aux droits humains de l’État saoudien, principal actionnaire, et du bilan environnemental du groupe. Alors qu’Aramco comptait lever 100 milliards de dollars, elle n’avait obtenu que 26 milliards, et avait loupé son ambition d’atteindre 2000 milliards de dollars de valorisation.

Développer les capacités de production

L’entreprise saoudienne s’embarque en fait dans sa décarbonation sans beaucoup de conviction, en ne tenant compte que des scopes 1 (émissions directes de l’entreprise) et 2 (émissions indirectes du processus de production) de l’entreprise, et en oubliant le scope 3, le plus important, qui concerne les émissions de la chaîne de valeur de l’entreprise et notamment les émissions induites par l’utilisation de ses produits.

En octobre 2022, Saudi Aramco a créé un fonds d’investissement spécial pour soutenir des technologies bas carbone et une "transition énergétique stable et inclusive". Ce "Sustainability fund" a été doté de 1,5 milliard de dollars. Une somme énorme en soi, mais qui paraît bien faible en comparaison des profits de l’entreprise et, surtout, de ses investissements dans les énergies fossiles.

Alors que les conséquences du réchauffement climatique se font de plus en plus dramatiques partout dans le monde, Aramco prévoit en effet de continuer à investir massivement dans ses capacités de production. De 11,5 millions de barils par jour, le pétrolier compte atteindre 13 millions d’ici 2027. Ses investissements ont déjà progressé de 18% l’année dernière, à 37,6 milliards de dollars, devraient encore bondir cette année. Aramco prévoit de dépenser entre 35 et 45 milliards de dollars dans ses opérations. "Aramco s’est embarqué dans le plus grand programme d’investissement de son histoire", se réjouit Amin Nasser. Le pétrolier anticipe en effet que "le pétrole et le gaz demeureront essentiel pour le futur prévisible" et compte donc bien faire partie de ceux qui continuent de fournir des hydrocarbures à l’économie mondiale.

Arnaud Dumas

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