L’explosion du prix du gaz menace la transition énergétique

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Publié le 11 octobre 2021

Face à la flambée des prix du gaz, en partie due à la hausse du prix carbone, certains appellent à faire marche arrière, quitte à freiner la transition énergétique. Mais pour d'autres, il faut au contraire maintenir une trajectoire ambitieuse de prix carbone, tout en accélérant sur le développement des renouvelables et la rénovation énergétique, afin de gagner en indépendance et protéger les plus vulnérables.

Le cours du gaz naturel a atteint de nouveaux records historiques sur les marchés européens. Et certains n’hésitent pas à s’emparer de cette crise pour appeler à ralentir la transition énergétique. Le dirigeant souverainiste hongrois Viktor Orban a ainsi blâmé la politique énergétique de l'UE, en particulier le Pacte vert européen, qui vise la neutralité carbone du continent. Dans son viseur également, le marché du carbone, un mécanisme qui oblige les fournisseurs d'énergie à s'acquitter de "droits à polluer" fortement renchéris, destiné à réduire les émissions de CO2. La maire de Paris, Anne Hidalgo, candidate à l’élection présidentielle, a quant à elle suggéré de baisser la taxe carbone, estimant qu’elle était "un non-sens sur les carburants".   

"Le prix du CO2 a fortement crû en quelques années pour franchir la barre des 60 euros la tonne, mais sa hausse n’est responsable que pour un cinquième dans la hausse du prix du gaz. Tout le reste est lié à des facteurs externes (stockage, approvisionnement, géopolitique)", explique Neil Makaroff, responsable Europe du Réseau action climat (RAC). "Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins : soit on choisit d’investir encore des milliards dans des infrastructures gazières et nous renforçons notre dépendance aux énergies fossiles, soit nous accélérons sur la transition énergétique, nous réduisons notre vulnérabilité et agissons contre la précarité des ménages" ajoute-t-il.  

"La transition énergétique est la seule solution"

"On ne pourra pas réussir la transition énergétique sans taxe carbone. Il faut arrêter de revenir là-dessus sans arrêt et prévoir des mesures de redistribution et d’accompagnement social", tranche également Nicolas Goldberg, Senior Manager Energie&Environnement pour Colombus Consulting. "Je suis convaincu que nous allons accélérer sur la transition énergétique car c’est la seule solution pour éviter une crise climatique mais aussi sociale. Le gaz fossile continuera d’être présent encore longtemps mais il faut faire faire en sorte qu’il en reste le moins possible".    

Même le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, appelle à ne "pas renoncer à taxer davantage le carbone". "Il ne faut pas brouiller les pistes, il ne faut pas brouiller le message, on a besoin aujourd'hui davantage dans notre pays de taxer le carbone pour décarboner notre économie et nos usages, et donc ça veut dire qu'il faut compenser pour les ménages les plus modestes, c'est plutôt la voie que nous choisissons", insiste-t-il.  

L'extension du marché carbone européen critiqué

Sur la route de la transition énergétique, l’explosion du prix du gaz risque tout de même d’avoir la peau de l’extension du marché carbone européen aux secteurs du transport et du bâtiment. La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, ou encore l’eurodéputé Pascal Canfin, sont inquiets face à cette mesure, sans toutefois remettre en cause la nécessité de mener la transition énergétique et de développer les énergies renouvelables.   

"L’extension du marché carbone européen va piéger des ménages qui sont déjà dans des situations de précarité très forte et qui n’ont pas accès aux alternatives. Nous pensons que l’urgence est de faire émerger ces alternatives, d’avancer sur la rénovation énergétique des bâtiments afin de faire baisser la consommation et de développer les énergies renouvelables. Si nous les avions développées plus massivement, nous aurions réduit notre dépendance à l’importation de gaz fossile russe et ne serions pas dans cette situation", argumente également Neil Makaroff.

Face à cette crise, qui risque de se répéter si rien ne change, le monde doit donc faire un choix. C'est déjà le cas au Royaume-Uni - où une taxe carbone a été instaurée en 2013. Boris Johnson vient d’annoncer la décarbonation du mix électrique d'ici à 2035 à grands renforts d’investissements dans les énergies renouvelables notamment. Il s’agit ainsi de s'affranchir "des aléas des prix des hydrocarbures" et de "maintenir des coûts bas", a indiqué le premier ministre, alors que le pays est particulièrement affecté par l’augmentation des prix du gaz.      

Concepcion Alvarez, @conce1

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