Réchauffement climatique : l'humanité doit se passer de 60% du pétrole et du gaz et de 90 % du charbon

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Publié le 29 septembre 2021

Pour atteindre l'objectif climatique porté par l'Accord de Paris, l'humanité doit décroître sa production de pétrole et de gaz de 3 % par an d'ici 2050. Cela signifie qu'il est nécessaire de laisser sous terre plus de la moitié de ces réserves de pétrole et 90 % des réserves de charbon, indique une étude parue dans la revue Nature début septembre. Mais le monde est sur la trajectoire inverse.

Les conclusions du rapport sont sans équivoque. Pour espérer rester sous la barre des 1,5°C de réchauffement, aucun nouveau site pétrolier ou gazier ne doit être engagé après 2021, alertait en mai l’Agence Internationale de l’ÉnergieUne nouvelle étude publiée le 8 septembre dans Nature vient enfoncer le clou : plus que de cesser les nouvelles explorations, les chercheurs estiment que l'humanité doit laisser sous terre environ 60 % des réserves actuelles de pétroles et de gaz, et de 90% des réserves de charbon.

Ce qui représente une baisse de la production de gaz et de pétrole de 3 % par an jusqu’en 2050 et de 7% pour le charbon. "La majorité des régions doivent atteindre leur pic pétrolier ou gazier dès maintenant ou au maximum au cours de la prochaine décennie, ce qui rend de nombreux projets de combustibles fossiles opérationnels ou planifiés non viables", résument les chercheurs de la University College de Londres dans leur publication.

Les auteurs jugent par ailleurs que la quasi-totalité des réserves d’hydrocarbures non conventionnels, comme le gaz de schiste ou les sables bitumineux, doivent rester dans le sol et que "toutes les ressources en pétrole et en gaz de l’Arctique doivent rester inexploitées".

Inverser la tendance

Pour parvenir à leurs conclusions, les chercheurs ont fixé un budget carbone à ne pas dépasser pour rester sous la limite des 1,5°C, soit 580 milliards de tonnes de CO2 sur la période 2018-2100. Ils ont ensuite étudié différents paramètres du système énergétique mondial, comme les réserves d’hydrocarbures accessibles avec les conditions techniques actuelles, les coûts de production ou encore l’équilibre entre l’offre et la demande. 

Mais le monde prend le chemin inverse. Aujourd’hui, les énergies fossiles "comptent pour 81 % de la demande en énergie primaire" pointent les auteurs de l’étude. Et selon l'ONU, les États planifient une augmentation de la production annuelle d'énergie fossile de 2% par an d’ici 2030. En février, le pétrolier Total annonçait par exemple vouloir produire davantage d’hydrocarbure jusqu’en 2030 pour répondre à la demande et passer sa production quotidienne d'équivalent pétrole et gaz de 3 millions de barils à 4 millions d'ici à la fin de la décennie.

De plus, les auteurs soulignent que leurs résultats sont "sûrement une sous-estimation". "Pour avoir plus que 50% de chance de rester sous le seuil des 1,5°C, davantage de carbone doit rester dans le sol" alertent les chercheurs. Cela signifie que la production d'énergie fossile doit décroître encore plus rapidement. Un rapport de l’ONU publié en 2020, estimait qu'une baisse annuelle de 6% était nécessaire.

 Pauline Fricot, @PaulineFricot 

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